TRANSATLANTIC

Lyon, Transbordeur, 15 mai 2010

>>> par Christophe Demagny >>>

 

Voir Transatlantic est un événement, de par la rareté des concerts donnés autant que par l'incroyable plateau de musiciens en présence. Mais comment font-ils pour mémoriser tant de musique en si peu de temps et pour si peu de concerts ?

C'est donc dans un Transbo très bien rempli mais en configuration réduite (la majorité des gradins était fermée par un rideau), soit environ un millier de personnes, que les 5 musiciens (Daniel Gildenlow de Pain Of Salvation est toujours là en soutien live) débarquent sous les vivas d'une foule ne boudant pas son plaisir, prête à s'en prendre plein la tête durant 3 grosses heures !

Et la fête fut totale ! Le plaisir des musiciens transpirant, chacun dans son rôle si particulier. Bien sûr, Pete, en lapin sauteur et véritable clone de Stéphane Guillon (barbe oblige), fut non seulement égal à lui-même mais fit preuve d'une énergie considérable, brutalisant sa basse comme il en a tout de même peu l'occasion avec Marillion. Incroyable ! Sans oublier une fugace intro/clin d'oeil à la guitare acoustique ("And You And I" - Yes) et un passage chanté en lead... plutôt grinçant ;o)
Le "roi de la fleur" Roine Stolt demeura en revanche globalement stoïque, professeur exigeant, contrastant encore davantage avec ce génial batteur que sera toujours Mike Portnoy. Pitreries, jeu au cordeau en toute décontraction, poses et talent tout américains, multipliant les signes et grimaces aux photographes amateurs, serrant une baguette entre les dents tout en virevoltant derrière ses cymbales. Dément.
Et puis, bien sûr, Neal Morse, sûrement le "meneur" de la bande, aussi à l'aise aux claviers, à la guitare, au chant (de sacrées tenues de notes !)... qu' à la batterie ! Et là aussi, quel plaisir de jouer, levant les bras au ciel, comme possédé par une âme divine ;o) Un vrai régal tant sa sincérité déborde. Un vrai leader, omniprésent, contre-poids idéal à Mister Mike (peut être ce qui lui manque un peu dans Dream Theater finalement).
Seul Daniel peut finalement apparaîtré décallé, malgré, là aussi, une joie de vivre palpable et un entrain à toute épreuve. Zébulon sous célestène, sautant des amplis, se promenant de long en large à l'arrière scène, prenant la pose tel un thrasheur fou, ce fut sûrement un poil tout much mais finalement intégré au concept et au show.

Même nos yeux furent comblés, appuyée d'un joli backdrop, la mise en lumière était parfaitement réussie, chatoyante et variée. Il fallait voir l'ingé lumière vivre le concert, comme si il était sur scène. Le son, bien sûr, fut irréprochable, clair et puissant. Seule la guitare de Roine, au son un peu trop gras et imprécis, eut du mal à se faire sa place dans un mix pourtant équilibré.

"The Whirlwind" fut joué en intégralité. Bien sûr. Chaque thème se découvrant successivement avec délice. Quatre-vingts minutes qui ne semblèrent qu'une demi-heure. Magnifique. De nombreux passages se révélant imparables en live ("Evermore", "Pieces Of Heaven", "Is It Really Happening"... et puis, bien sûr, tous les principaux thèmes). Nuances. Enchaînements. Groove. Tout cela coulait comme de l'eau de source. Seuls quelques passages emphatiques et un peu trop "feeling" (la touche Morse) furent à noter.

La qualité de cette longue pièce est telle que la reprise, après l'entracte, sur le pourtant culte "All Of The Above", parut presque un peu terne, moins dense, moins riche. L'impression fut cependant de courte durée, la deuxième moitié du morceau imposa sans efforts ses excellents thèmes. "We All Need Some Light" fut une respiration mélodique idéale, un titre magnifiquement introduit par un délicat duo Morse/Stolt (12 cordes acoustique/6 cordes électrique) et malgré un léger pain de Roine. Son refrain fut largement repris par un public conquis. Un public que le groupe éphémère saluera tout du long, semblant sincèrement étonné par tant d'enthousiasme.

Le très attendu "Duel With The Devil", nouvelle pierre angulaire des "vertes années" Transatlantic, tint tout autant ses promesses. Il ne fallait d'ailleurs pas être distrait pour noter l'insertion de quelques mesures du "Highway Star" de Deep Purple. "Bridge Across Forever" joua à nouveau parfaitement son rôle "tampon" avant un "Stranger In Your Soul" final certes particulièrement échevelé mais paradoxalement aussi un peu de trop. Même le fameux ingé lumière semblait out. Le morceau nous permit malgré tout de nous délecter d'un long moment ultra-fun. Daniel dans un chariot à roulettes poussé par un Mike en combinaison, Pete aux claviers, Neal à la batterie et Mike au chant puis à la basse (et pedal bass) se frottant au célébre "Smoke On The Water".

Un final débridé à la mesure de cet inoubliable concert, sûrement autant apprécié du groupe que du public. Messieurs, c'est quand vous voulez !

 

The Whirlwind

All Of The Above
We All Need Some Light
Duel With The Devil

Bridge Across Forever
Stranger In Your Soul