h Natural
(Steve Hogarth en solo au piano)

Paris >>> L'Européen >>> 15 septembre 2007


par Christophe Demagny

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Petit à petit, le projet "h Natural" grandit, se développe, s'impose. Je reconnais avoir été un rien dubitatif à l'origine. Début 2006. Et puis, les concerts et les compte-rendus défilant, les enregistrements "h-tunes" apparaissant et surtout Steve Hogarth s'affirmant sans complexe dans ce difficile exercice, mon opinion s'est considérablement ajustée... Mon "cheminement" demeurant toujours consultable ici... ;o)

Au point où désormais, l'expérience "h Natural" est un incontournable pour tout fan de Mr Hogarth et de Marillion qui se respecte. Pour peaufiner une perception s'embourgeoisant dangereusement autour d'une vision live plus "classique" mais compréhensive du combo anglais. Une initiation, un trip, un voyage. Une perception différente de h mais aussi de la musique et des musiciens eux-mêmes, au sens large. Merveilleusement indispensable.
Finalement, le seul défaut demeure toujours un niveau pianistique un peu en dessous, l'empêchant parfois, sur les morceaux les moins maîtrisés, un envol total. La contrepartie d'une telle écoute des demandes du public. Le fondement même du concept.

Un concert un samedi, c'est toujours l'idéal pour l'humble "provincial" disposant de menues contraintes horaires. Toujours incroyable de croiser h et sa dulcinée en pleine rue, en amoureux... Et les recroiser à nouveau après le concert en buvant tranquillement un petit verre de blanc... Ce chaud week-end de septembre restera gravé dans les mémoires. En tout cas dans la mienne ;o)

Qui dit chaud, dit désormais "clim", pour le moindre bâtiment civilisé accueillant qui plus est des foules extatiques, des hordes de fans en furie ! Eh bien... pas pour l'Européen, hélas. Une magnifique petite salle circulaire située près de la Place de Clichy (tout proche de Pigalle, de sa Cigale et de son Elysée-Montmartre, quoi). Les 400 personnes blindant le lieu ont donc du hélas perdre quelques kilos superflus ou non. Et se péter aussi quelques rotules, la place impartie à nos pourtant faméliques gambettes se révélant assez insuffisante sur la durée ;o)

Ceci dit, il en aurait fallu plus pour calmer un public réputé pour soutenir à 100 % God Hogarth. Ce dernier nous rappellera ainsi fort justement son éternel reconnaissance suite au concert du Zénith en 1989. Sérieusement, sa voix en chevrote encore ! Un public qui applaudira à s'en faire exploser les paluches dès une entame proprement irréelle. Il a suffit de deux mots lancés par un fidèle allemand déjà présent au concert de Cologne pour que Steve enchaîne au quart de tour... "Beyond You" ! Touchante comme jamais. Ce très rare titre en live durant lequel h se livre à coeur ouvert transpersa instantanément chacun d'entre-nous. Le "mal" était fait ;o) "Waiting To Happen", bouleversant, l'immense "The Great Escape" et la sucrerie "Number One" (des séances de "Anoraknophobia"). Nous sommes loin des premiers pas terrifiés de notre homme début 2006. A l'aise comme jamais et prenant de sacrés risques !

Courage et intelligence, voici une bonne description de Mr Steve. Le courage de se lancer à la demande dans des morceaux super casse-gueules qu'il n'a visiblement pas joués depuis longtemps ("Evening Shadows" - génial mais musicalement sacrifié), l'intelligence de compenser cela par des retours imposés à des pièces parfaitement maîtrisées.

Ainsi alternent titres attendus et raretés, tours d'équilibristes et démonstrations techniques, émotion à fleur de peau et humour "so british". A titre d'exemple, le discret toussotement entre deux couplets de "Number One" pour chambrer les endémiques "pris des bronches" des salles même plus enfumées (des fois qu'on en meurt).

Les morceaux s'enchaînent ainsi pendant plus de 2h30. Steve nous expliquera que pour cette deuxième grande série de concerts, il n'allait forcément pas reparler de son enfance et du reste. Place à la musique ! Tant mieux ;o) Tout juste un petit jeu de questions/réponses avec les plus anglophones (Coupe du monde de rugby ? Quelques anglais étaient là) durant lequel h expliqua son amour pour son jardin (accompagné de sa chère et tendre "Other Half" ici présente), "his fantastic place". Et une amusante lecture de son journal intime écrit durant le tournage de la vidéo de "Dry Land" en Islande en 1991... "Sois héroïque !" (alors que des jets de vapeur explosent de tous côtés)... Sa rencontre avec Björk le soir dans un bistrot... Nous ne regarderons plus le clip de la même manière...

Il nous faudra aussi éternellement remercier la personne ayant demandé le rare "Genie". Ce morceau étant déjà, à mon sens, un chef d'oeuvre quasi-inégalable de justesse et de précision, un bonheur non-feint m'envahit. Le doute aussi... Steve n'avait jamais réussi à proposer d'interprétation live correcte. Et là, la magie opéra... Ce soir, ce fut la voix des étoiles. Parfaite dans tous les domaines. Voix pleine, voix de tête, changements de registre, nuances, tenues de note... Tout ! Une voix comme jamais, pas entendu à ce niveau depuis les quelques déceptions vocales de ces deux dernières années. Morceau magnifique, interprétation PAR-FAI-TE (je pèse mes mots), public en or... le frisson le long de l'échine au sens propre. Et ce divin refrain chanté à l'unisson... quel frisson, quel frisson ! J'y étais...

Même si quelques titres adorés ne furent pas joués (forcément), "Whichita Lineman", "Memory Of Water", "No One Can" (version piano bien sûr), "Man Of The World", "Fake Plastic Trees", la setlist était parfaite. "Dry Land" énorme, "Afraid Of Sunlight" à tout renverser, "The Space", "Famous Blue Raincoat" (enfin à l'aise sur ce joyau malgré l'amusant "bug" au début du refrain "Jane"), "Ocean Cloud", "House", "Cage" (rare et génial), "Lover..." (de Jeff Buckley) jamais interprétée à ma connaissance... Je me répète, quelle soirée et quel chanteur. Tant pis pour une pseudo-objectivité pourrie qui n'a pas de sens... Et puis, si, en plus... je suis objectif ! ;o) Ce gars a tout ! Bon sang... !


Vidéo de "The Space"

Un bon résumé de la qualité de la soirée viendra d'une remarque de ma femme (qui a pourtant déjà vu plusieurs fois Marillion)... "On croirait entendre un enregistrement !" (pour parler de l'incroyable qualité vocale du soir).

Un concert qui m'a aussi "réconcilié" avec les "fans"... Oui, il y a des gens heureux d'entendre les premières notes de "Beautiful", qui connaissent les méandres de chaque titre, qui manquent de s'évanouir aux premières notes de "Genie" et pas uniquement dans l'attente des "Invisible Man" et autres "gros" calibres. Oui, la majorité silencieuse a du goût et fera taire les trois tondus gueulant plus fort que les autres qui ne viennent heureusement pas assister à ce genre de moments intimes et précieux et qui n'ont décidément pas compris grand chose.

Un concert pour les jouisseurs. Un concert pour les hédonistes.

 

Quelques photos par "Maroellion":


Setlist:
Beyond You
Waiting to Happen
The Great Escape
Number One
Evening Shadows
Cage
Way Over Yonder
Burning Inside You
Genie
Lover you should have come over
Runaway
Maybe I'm Amazed
Really Like
The Space
Dry Land
Famous Blue Raincoat
Working Town
Questions / Réponses
Journal "Iceland 91" (Pour la video de Dry Land)
Afraid of Sunlight

Ocean Cloud
House
Beautiful
The Whole Of The Moon - Spirit


Quelques forumeurs après le concert... ;o)

(de g. à d.: Laurent From Paris; Blandinjeff; Domi; (moi); Yoyo)
Hélas, le grand Tonton Atane, présent, a honteusement fui l'objectif ;o)

[photos]

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