Sounds That Can't Be Made - Lyon - Transbordeur >>> 20 janvier 2013

par Christophe Demagny

[Galerie photo du concert]


En ce début 2013, Marillion donne, sous la neige, les toutes dernières dates de la longue mais très découpée tournée "Sounds That Can't Be Made". La principale interrogation de ce début d'année concerne la voix de ce pauvre Steve Hogarth, particulièrement maltraité(e) durant une année 2012 stressante: un album longuement attendu, ayant presque mis en péril le groupe, à boucler (paradoxalement dans la contrainte) et sortant presque en milieu de tournée (des overdubs furent même encore enregistrés entre deux dates), de la fatigue, des voyages et un virus tenace. Les différents enregistrements et comptes-rendus avaient ainsi fini par inquiéter les plus optimistes.

Les fêtes de fin d'année ont visiblement été plus que salvatrices puisque c'est un Steve Hogarth métamorphosé qui vient nous sidérer à la fois par sa voix retrouvée (je sais que je dis souvent ça mais sincèrement, je crois qu'il n'avait pas chanté de cette manière depuis la tournée "Marbles" !) et par une certaine sobriété (tout est relatif, c'est h). Toujours possédé, expressif, communicatif, bref, irrésistible mais sans pitreries ou minauderies.

Et il n'est nul besoin de surjouer pour mettre en évidence les qualités monstrueuses de ce qui restera comme un des meilleurs albums du groupe, le dernier-né "Sounds That Can't Be Made".

Pas moins de cinq extraits (sur huit possibles) sont ainsi présentés. Des morceaux exceptionnels, parfaitement maîtrisés, souvent bouleversants. Le charme d'une tournée d'album est bien là. Les nouveaux titres et tout un tas de détails: Rothery à gauche de la scène, Mark face au public, la tunique de h (avec son sigle de la paix), le casque de retour de Ian, le backdrop aux couleurs de l'album, les tubes lumineux en fond de scène. Bon, il manque le (peut-être) meilleur titre de la rondelle, "Montreal", mais bon...

Aziz Ibrahim (pas vraiment un inconnu: ex-h Band et Steven Wilson Band), accompagné du brillant Dalbir Singh aux tablas (h Band lui-aussi, remember le fabuleux "Live Body / Live Spirit"), est chargé de "chauffer" la salle. S'il demeure un musicien intéressant, aux influences orientales très agréablement marquées, il n'est pas toujours très évident d'accrocher à son excès d'effets et à son côté un peu trop poseur et démonstratif. Finalement un peu longuet et guère inoubliable.

Il n'est ensuite pas aisé de se frayer un chemin dans la fosse photo à travers ce magnifique Transbordeur sold-out. Mais cela en vaut la peine. L'expérience est toujours sidérante. Coucou à Marsu, Olymp, Jester et son fils ;o)
Cette impression d'être sur scène, de tout se prendre en pleine tête est presque irréelle. Son et lumières.

Après quelques échanges sympathiques avec Olivier Dague, qui filme de nombreux concerts pour le groupe depuis plusieurs années (le DVD de Noël à Loreley, c'est lui, tout comme le récent "Let It Snow" à Paris sur la version 2012), Rothers et Mark se synchronisent rapidement du regard pour le lancement du fantastique "Gaza".
h est à un mètre, la puissance du groupe est toujours aussi renversante, le magnétisme de Hogarth éternel. Le titre est déclamé, nous achevant durant son dernier tiers absolument magique. Le passage "Nothing's ever simple - that's for sure" est à pleurer. Tout comme le solo qui s'ensuit. Typique et si parfait. Tout est là. La montée finale calme tout le monde. "It's like a nightmare..." 

Inutile de dire que ce n'est pas le retour du désormais diptyque "Warm Wet Circles"/"That Time Of The Night" (plus entendu pour ma part depuis la tournée "Radiation" en 1998) qui va refroidir l'ambiance. Je pense à Denis ;o)
J'ai toujours beaucoup apprécié (contrairement à d'autres) les interprétations que h fait des titres fishiens. Je trouve qu'il se les approprie parfaitement, avec justesse, en les personnalisant. Cela ne donne pas du tout l'impression qu'il s'agit de chansons créées par un autre.

Mark y va de sa deuxième minuscule erreur (après le retard de sample sur "Gaza") et se fait chambrer par un Steve hilare faisant en douce à Rothers un signe "deux", oubliant qu'il arriva lui-même à la bourre sur une reprise durant le même "Gaza", hum... ;o)

Plus rare, Rothery ira d'ailleurs aussi de sa petite faiblesse durant "You're Gone", son E-bow lui jouant un mauvais tour. La bonne humeur dont fait preuve le groupe dans ces moments (certaines mauvaises langues diront que c'est logique, ils sont habitués) est toujours communicative et rappelle ce qu'est, profondément, le groupe. Leur totale disponibilité, comme toujours, après le concert, au bar ou dehors, le confirmera pour le plus grand plaisir de tous.  

 

"You're Gone" ou l'erreur de casting. Car après un hautement émouvant "The Sky Above The Rain" (Quel titre ! Quel début de concert !), c'est le moment où le soufflé redescend. Inévitablement. Le fameux creux.

Si ce titre permet d'alléger le propos et de détendre un poil son attention, il est difficile de comprendre pourquoi il est tant joué. Pas qu'il soit mauvais, le lancement est même toujours très agréable. Mais sur la longueur, on sent le public se détacher (pourtant, cette version passa, pour une fois, rapidement). Une impression que le titre suivant ne modifiera d'ailleurs pas.

"Pour My Love" débute dans un silence quasi gênant. Même s'il s'agit probablement de la seule chanson du dernier album un poil en dessous, c'est aussi tout l'intérêt de ces tournées. Donner sa chance à ce type de mélopée soul que l'on ne réentendra sûrement plus par la suite. Une démarche très saine mais qui ne paie pas toujours. Il faut dire, pour ne rien arranger, que le groupe a cette facheuse tendance à jouer au "click", ce qui empêche carrément le titre de s'emballer, de suivre l'humeur de l'interprétation. Un vrai défaut. Le tempo est lent. Beaucoup trop lent ! On ne joue pas nécessairement un titre live sur les mêmes bases qu'en studio. Il faudrait en tenir compte. On aurait presque eu envie d'ouvrir la portière pour cueillir une fleur.

Une jolie ritournelle malgré tout qui aurait gagné à être surlignée de la voix féminine présente lors de l'excellente première interprétation du titre à Mexico en octobre dernier.

Après ce pas de côté, nous ne toucherons plus terre. "Power" tout d'abord est bien le titre gigantesque découvert en studio. Un morceau imparable que l'on veut désormais bien entendre à chaque tournée. Un must ! h se jette par terre et le groupe écrase le sujet de la tête et des épaules. La très, très grande classe (qui plus est, pour un titre qui n'est pas un epic en soi) !

"Neverland" déboule et on se dit "Bon, ok, bien...". Mais instantanément, on est pris au piège de la perfection totale du titre. C'est un triomphe ! Le public exulte. Hogarth fait son cirque et on fond.

Le reste du concert, puissant, parfait et confondant pointe malgré tout le seul véritable (petit) problème de la tournée. Un certain manque de risques quant au choix des morceaux du back catalogue. Pas de "The Release" comme en 2007, pas de petit clin d'oeil bien choisi ou surprenant. "Il suffirait de presque rien..." ou plutôt d'un petit "After Me" ou d'un traumatisant "The Only Unforgivable Thing" (des titres rarement joués mais à la perfection) pour contrebalancer ce sentiment.


"The Great Escape", "King"... Bien sûr, des chefs d'oeuvre... Les commentaires des néophytes seront forcément extatiques après le concert. Car pour qui découvre h en live, même en 2013, c'est la giga baffe assurée. On ne s'en remet pas. Mais forcément, après 20 ans de concerts réguliers, il y a moyen de comparer les setlists ou les performances. Hélas, même, par certains côtés. Mais j'exagère un peu. Je crois que tout concert de Marillion, pour un spectateur, est parfait, ne peut décevoir.

Le premier rappel est malgré tout assez surprenant avec le rare "A Few Words For The Dead", me renvoyant à nouveau à la tournée "Radiation" durant laquelle le titre ouvrait les concerts dans un climax savoureux. Je craignais un peu la position du titre dans le set mais, comme pour "You're Gone", ce long titre passa comme une lettre à la poste, la tension se rompant naturellement lors du craquant "Or you could love", délivrance volontairement naïve durant laquelle h, non sans humour, place une marguerite dans le canon de sa mitraillette et se pare d'un collier de fleurs qui fera son effet.

Le second rappel, sur le papier moins "intéressant", permit de finir le concert en apothéose, tout le monde chantant à tue-tête et ne boudant pas le plaisir enfantin d'un "Kayleigh/Lavender" provenant d'un "Misplaced Childhood" magique et tant aimé. "Blue Angel" suit logiquement, c'est que nous sommes à Lyon ("The sky was bible black in Lyon..."). Un hymne, un monument, une madeleine. Un régal !


Ce fut une splendide soirée de près de 2h15, avec un son parfait et un public aux anges. Un grand concert d'un groupe définitivement et à jamais génial.


(Encore un grand merci à Roger Wessier)



Setlist:

Gaza
Warm Wet Circles
That Time Of The Night
The Sky Above The Rain
You're Gone
Pour My Love
Power
Neverland
Sounds That Can't Be Made
The Great Escape
King
Man Of 1000 Faces

A Few Words For The Dead

Kayleigh
Lavender
Blue Angel


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