F.E.A.R. - Lyon - Radiant >>> 11 décembre 2016

par Christophe Demagny

[Galerie photo du concert]

[Vidéo du concert - par CleopheeAA]


S'il s'agit d'une première pour Marillion au Radiant (salle d'une capacité à peu près identique au Transbordeur fétiche - environ 2000 places - mais disposé étrangement davantage en largeur), ce concert est le dernier de l'année 2016 et plus simplement de la tournée principale et mondiale de Marillion pour le déjà culte album "F.E.A.R." !

Le combo applique donc à la lettre ce qu'il avait annoncé l'an dernier: des concerts "plaisirs" plus systématiques (Amérique du Nord et du Sud pour cette année), le développement du lightshow et des projections (dans la lancée de l'éblouissant Marillion Weekend 2015) avant de se frotter à quelques grandes salles mythiques en octobre prochain (somptueux Royal Albert Hall de Londres, Zénith de Paris chargé d'émotions le samedi 7 octobre 2017...).

John Wesley, remember la tournée "Brave" en 1994, ouvre le bal, seul avec sa guitare (électrique) et ses bandes préenregistrées. Une très belle maîtrise qui tourne logiquement un peu en rond. Fort agréable.

Si une fin de tournée peut signifier un groupe épuisé, il n'en est rien pour nos cinq anglais, peu fiers de leur Brexit, en cette belle soirée. Bien au contraire. Car c'est un combo ultra affuté et au sommet de sa forme qui a littéralement brûlé les planches lyonnaises.

Ce je ne sais quoi de magique, d'impalpable. Quand ça prend. En osmose. Avec un naturel fou, Rothers irradie la salle d'interventions fluides et spontanées. Et personne n'est en reste. Chaque membre du groupe est au diapason, en témoigne le formidable enregistrement disponible en official download, pourtant brut et non mixé.

"The Invisible Man" s'installe, comme lors du Weekend 2015, avec toute sa tension. Le visage de h est projeté avant son apparition sous une ovation royale. L'enchaînement avec le sublime "Power" enfonce le clou d'un démarrage sur les chapeaux de roue.


Si "Sounds That Can't Be Made" peut paraître un choix étonnant, sa seconde section libérée met tout le monde d'accord. "Living In FEAR" est attendue au tournant. Car si certains la considère comme le seul éventuel maillon faible du digne successeur de "Marbles" et que le rêve "White Paper" était fantasmé par beaucoup, la chanson passe à la perfection l'épreuve de la scène. C'est d'ailleurs à ce moment précis que l'on comprend ce qui fait sûrement passer un véritable cap au groupe durant cette tournée: les projections vidéos !


Somptueuses, variées, illustrant chaque titre sans l'écraser, cela empêcha ainsi de ne pas perdre en route les moins connaisseurs. "Living In FEAR" en est ainsi l'exemple parfait avec ses lumières et graphismes colorés irrésistiblement accrocheurs. Il n'y aura pas un seul temps faible.

C'est même le gros temps fort du concert qui s'ensuivit. "Sugar Mice" n'est pourtant bien sûr plus à présenter, ce titre étant haut placé dans la légende Marillion. Il nous prit d'autant plus par surprise. Le chant de la salle, le logo de 1987 projeté, Sinatra, le verre à cocktail, les souris en sucre... Une version sublimissime, sobre, ultra émouvante. Magique.


Pour ne rien arranger, c'est l'énorme "The New Kings" qui enchaîne ! Ce titre est déjà un des tous grands classiques du groupe, la réaction d'un public captivé en est une preuve criante. Les nouveaux rois financiers sont décrits dans toute leur arrogance, la vidéo appuyant merveilleusement le cynisme du propos. Les sections s'enchainent avec un plaisir infini et une réelle émotion (cf. la tristesse résignée du passage "Fuck Everyone And Run").

"We're too big to fall"


Seul un carré gagnant pouvait succéder à pareille déferlante de sentiments. Gagnant mais paradoxal. Car, en effet, Marillion propose une salve pré-rappels reposant sur un principe désormais bien rôdé. Gagnant car diaboliquement efficace donc, mais rôdé.

"Mad", "Afraid Of Sunlight", "King", "Neverland". Inutile d'expliquer comment ça le fait plus que bien !
Pour être grognon, toujours la même absence de vraies surprises, mais heureusement, "F.E.A.R." est là, et bien représenté.

Pour magnifier ces splendeurs, chacun de ses ultimes morceaux sont à nouveau superbement emballés. Le désert de "Afraid Of Sunlight", le feu d'artifice de "Neverland", l'hommage sans fin de "King".

John Lennon, Brian Wilson, Ian Curtis, Prince, Michael Hutchence, David Bowie, Syd Barrett, Bon Scott, Marilyn Monroe, Phil Lynott, Amy Winehouse, Whitney Houston, Marvin Gaye, Michael Jackson, Jimi Hendrix, Steve Clark, Dimebag Darrell, Patrick Swayze, Sid Vicious, Britney Spears, Robin Williams, Brian Jones, Kurt Cobain, Jeff & Tim Buckley, Jim Morrison... Un véritable roller coaster artistique !


Le premier rappel est dévastateur avec la montée en puissance de "El Dorado", encore un extrait du très, très grand "F.E.A.R.". Ambiance pastorale et guitare acoustique en introduction de ce nouvel "Epic" qui nous transporte d'une première section floydienne sur fond d'Union Jack doré puis d'inquiétants monolithes au drame actuel des réfugiés. Prenant, somptueux et puissant.

Cet "El Dorado" jaune, ce soleil brûlant, cet or aveuglant, ces bombes dévastatrices. Comment une tornade naît et grandit en nous.
"You can't see into my head".


L'ultime rappel sera forcément débridé. Steve Hogarth se lâchant, hurlant comme il sait si bien le faire, quitte à se mettre en danger. Mais ce soir, c'est la dernière.

Quel plaisir de voir "Easter" attendu et salué comme le très grand classique qu'il est. Sans arrières pensées. Les images du clip qui nous a tant marqué en arrière plan.


Kayleigh, Lavender et Blue Angel suivent et le public continue de chanter à gorge déployée. Les pochettes des singles nous font frissonner. Effectivement, à Lyon, "Blue Angel" a toujours une saveur particulière. Il aurait été malin de se rappeler que ce fut déjà le dernier rappel du concert de la tournée précédente mais cela nous offrit à nouveau un final déchaîné et savoureux.


Mieux, "Heart Of Lothian" et son thème de guitare acheva de nous combler, dans une ambiance on ne peut plus festive, rêvant même d'un petit "Market Square Heroes" en sus voire d'un "One Tonight", dernière section de "The Leavers", qui aurait fait un final vraiment idéal et croustillant.


Cela devient à chaque fois plus compliqué d'exprimer ses sentiments avec des mots... Ce fut un concert tout simplement absolument génial.
Rendez-vous est pris pour le Zénith !

"We come together" !


Setlist:

The Invisible Man
Power
Sounds That Can't Be Made
Living In F E A R
Sugar Mice
The New Kings
Mad
Afraid of Sunlight
King
Neverland

El Dorado

Easter
Kayleigh
Lavender
Blue Angel
Heart of Lothian


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