Less Is More Acoustic Tour - Paris - Bataclan >>> 14 octobre 2009

par Christophe Demagny

La scène en témoigne. Autoharp, orgue et glockenspiel pour Mark, dulcimer pour h, percussions pour Ian et xylophones pour Pete. Entre autres. Epars. Marillion, comme pour le récent et incontournable album acoustique studio "Less Is More", n'a pas opté pour la facilité et l'évidence. Justifiant totalement le concept et la démarche. Plus loin que toutes leurs expériences "débranchées" précédentes. Au bout du truc. Places assises pour placeuses à l'affût de la piécette, nous allons pouvoir nous délecter et communier en toute quiétude. La standing ovation viendra bien assez tôt. Rien de tel pour se régaler de chaque mimique, clin d'oeil ou rire spontané. Ne pas perdre une miette de la moindre corde frottée ou cymbale à main titillée (celle accrochée au pied de micro de h fera son délice et le nôtre).
Redécouvrir une musique que l'on croyait connaître par coeur.

Et le groupe est à l'avenant. Même le look est soigné. Rothery, très classe en chemise blanche. h bien plus affuté que ces dernières années. En pleine forme. Chaleureuse acclamation de rigueur, nous sommes bien à Paris. La partie est gagnée ;o)

Emotion, concentration, attention et surtout musicalité exacerbée, tout est là à travers un premier set sur lequel semble flotter une communauté d'anges. La magie est totale, le pari hautement réussit. Le combo nous a emporté ailleurs, dans une configuration totalement originale. En allant plus loin encore que nos rêves les plus fous. Les enregistrements officiels à télécharger en témoigne. La qualité est exceptionnelle, l'ensemble dûment répété et apprivoisé. Une deuxième peau. Le rêve de tout groupe est toujours de surprendre, de faire différent, d'évoluer. Cela tombe bien, c'est la spécialité de Marillion ;o)
Ils l'ont fait. Oui.
La musique, c'est l'art d'agencer les silences, de peser chaque intervention, d'en être responsable, conscient et inconscient.

Les quatre premiers titres relèvent tout simplement de la magie absolue. Une extase bouleversante. A pleurer. Un coin de paradis. Un must. Pas juste une expérience de plus ou une lubie. Histoire de. Les cordes de Mark sur "Go !" transpercent. "Interior Lulu" est à hurler de bonheur. Même Pete semble ahurit devant le "Rain" final de h. Quelle tenue de note (qu'il ne réitérera pas pour "The Space"... les années passent quand même) ! "Out Of This World" est aussi définitive qu'en électrique. Ce final particulièrement original et mélancolique est à tomber ! "Wrapped Up In Time" est... les mots manquent. Un chef d'oeuvre durant lequel les larmes montent. Une définition de la perfection ? Je ne m'en remettrai pas.

La prise de risque, il ne faut pas s'y méprendre demeure cependant bien présente. En témoigne l'intro de "Quartz" (d'ailleurs régulièrement plantée durant la tournée), le xylophone de Pete déraillant gentiment ;o) Mais derrière, le rattrapage est digne d'une opération du GIGN: le solo final, majestueux, sur fond de "It's So Hard", décime les troupes. Géant ! Thanks God for the internet... and for Steve Rothery !

Une dernière doublette magique, les terribles relectures de "Memory Of Water" et "This Is The 21st Century", plus fluide que jamais, et déjà une petite pause de 15 minutes vient signifier l'étrange particularité de ces shows. "Drugs & Girls"... euh, non, ça, c'est h qui le dit ;o) Chacun se remet difficilement de la claque infligée et on se détend en se retrouvant ou se découvrant (Honga, Phassen, Eric, Alex...), en croisant quelques visages connus. Coucou, Stéphane (Auzilleau) ;o)

Ce break est une vraie curiosité. Pourquoi avoir joué tout l'album à la suite ? Pourquoi ne pas avoir intégré les titres dans un vaste set ? Pourquoi revenir avec une deuxième partie certes absolument débridée durant laquelle on sentira le groupe très détendu, presque frustré du cadre, dans une certaine mesure, mais sans titres plus rares ? Le choix des morceaux sera ainsi probablement inférieur aux mythiques concerts passés (Oswestry, Bass Museum, les étalons du genre) pour cette seconde partie (pas pour la première, au contraire). En revanche, sur l'interprétation et l'intention, ce fut encore au-dessus.

Le public sera d'ailleurs particulièrement réactif pour le plus grand plaisir d'un h très joueur et blagueur ("Vous pouvez vous asseoir"). A souligner, de nombreuses impros (dont une géniale gigue grecque), des handclaps porcupiniens et même la réception d'un string bleu pour Pete ;o) Cette deuxième section ne propose donc pratiquement que du très grand classique acoustique. La setlist en témoigne, là où Los Trios Marillos surprend souvent et équilibre régulièrement les prestations de douceurs telles que "Runaway", "Faith", "Marbles 1", "Number One", "Tumbling Down The Years", "Sympathy" ou "After Me". La petite déception, oui, est un peu là.

Ceci dit, la performance est véritablement délicieuse car hautement énergique. Le groupe joue le jeu et se permet tout de même quelques remaniements. "Cover My Eyes" débute bien au piano mais se termine en version "full band" presque Big Beat ! "You're Gone" surtout (trop longue en électrique mais très réussie en version trio) est ici encore complètement transformée en puissant rock exaltant. Excellent ! De même, "Gazpacho" fut absolument irrésistible et héroïque. Mark se permet de jouer le pré-solo de "Easter" au Glockenspiel, alors que le reste des titres se retrouve agrémenté de quelques accords d'autoharp, de quelques notes de xylophones. Les solos de "Beautiful" (à l'orgue) et "80 Days" (piano) voient Mark briller, seul et fier et sans aucune fausse note ;o) Splendide. Et puis "Three Minute Boy" en conclusion. Juste parfaite. Nuancée et follement pêchue sur l'entrée de la guitare électrique. Le dernier joujou signé Jack Dent. "Merci mes amis". "Na nanana na nanana na nanana na".

A défaut de posséder la setlist la plus "killer" (sur l'ensemble et encore...), cette série de concerts demeurera emblématique dans l'histoire du groupe, un haut fait. Radicalement différente des shows électriques mais tout autant fabuleuse. Un nouveau et merveilleux voyage. Originalité, émotion folle et ambiance du tonnerre.
Il fallait y être.


Setlist:

"Less Is More"

&

[Retour au sommaire]